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Le stress et vous: Rencontre avec Olivier Saintemarie, pilote de ligne

Par , le 10 Nov 2015 dans le stress et vous, pilote de ligne | 0 Commentaire

Marjorie Bellanger-Berthelot Share On GoogleShare On FacebookShare On Twitter

Sophro et stress lance une nouvelle série de rencontre avec des personnes de tous horizons afin de savoir tout sur leur stress et sur la façon dont elles le gèrent.
Aujourd’hui, nous commençons notre thématique avec un charmant pilote de ligne, Olivier Saintemarie.

Olivier, vous êtes pilote de ligne depuis un certain temps. Vous avez du recul maintenant sur votre profession. De l’extérieur, on s’imagine que ce doit être un métier très stressant où la pression doit être très forte. Est-ce que n’importe qui peut devenir pilote ?

Olivier Saintemarie: Tout le monde peut acquérir les compétences techniques pour devenir pilote, mais tout le monde ne peut pas réussir à maîtriser son stress. Il n’y a pas deux vols identiques donc on ne peut pas formater un pilote et lui apprendre tous les types de vols auxquels il devra faire face. Certains vont paniquer dès qu’ils se retrouveront dans une situation non connue. C’est là qu’on voit si le pilote est bon ou pas, s’il est capable de gérer la situation de manière claire tout en prenant du recul. Plus on connait son boulot, plus on maîtrise son stress. Attention, un jeune pilote peut être aussi bon voire meilleur qu’un pilote plus expérimenté. C’est surtout une question de personnalité. A tel point que chez Air France, les tests sont d’ordre psychotechnique, entretien psychologique individuel et en groupe. On considère que n’importe qui finira par apprendre à voler mais le comportement ne s’apprend pas.

Sophro et stress: On dit que certaines personnes ont besoin de ressentir une certaine dose de stress, d’adrénaline pour se sentir bien, épanoui. C’est le cas pour vous ?

OSM: Oui, c’est le cas pour beaucoup d’entre nous. On n’a pas envi de faire un travail de bureau. On recherche ce petit moment où l’on va se faire peur tout en le contrôlant.

Sophro et stress: Donc un pilote doit avoir une personnalité particulière ?

OSM: Oui, on est pas des chauffeurs de train (et je n’ai rien contre les chauffeurs de train), mais eux suivent des rails, pas nous. Nous, on a cet imprévu qui est excitant.

Sophro et stress: Apprenez-vous à gérer votre stress ?

OSM: On a une formation qui est continue. On n’est pas pilote à vie, contrairement à un médecin ou un avocat qui l’est dès qu’il obtient son diplôme. Tous les ans, on repasse au simulateur et on peut perdre notre boulot. On est entrainé au simulateur à gérer les pannes et les situations très critiques. On arrive même, alors qu’on sait que ce n’est qu’une simulation, à vivre des situations de stress intense. A force d’en faire, on prend du recul. On a toujours une inquiétude mais ce stress va nous permettre de puiser un certain nombre de ressources que l’on ne croyait pas avoir.

Sophro et stress: Vous arrivez à trouver votre dose de stress optimal ?

OSM: Oui, pour ne pas se faire envahir, on va trouver la dose de stress qui nous rend le plus compétent. On ne voit pas le stress comme quelque chose de négatif, on arrive à le rendre positif. Et puis l’avantage, c’est que dans un cockpit on est deux. Mais parfois, c’est le copilote qui va me stresser. Il faut donc bien se connaitre pour gérer ça. On a tous nos techniques. Certains respirent, moi, je recule mon siège un tout petit peu, juste de manière physique à prendre un peu de recul. Et tout d’un coup, je regarde la situation de manière plus large, avec du recul.

Sophro et stress: Et dans la vie privée, vous gérez aussi bien votre stress ?

OSM: On est souvent pas du tout les mêmes. J’ai plein d’amis qui ne m’imaginent pas pilote. Mais dès que je rentre dans un cockpit, on ne me reconnait pas. Je deviens très carré, une machine pro.

Sophro et stress: Pour vous, le meilleur anti-stress ?

OSM: Le sport, courir et évacuer, parler. Surtout ne pas garder un incident ou une rancune pour soi. Dans un avion, on ne doit pas évacuer. On doit toujours garder son calme. Il faut donc disperser les tensions dès qu’on arrive au sol.

Sophro et stress: Comment gérez-vous le fait d’avoir entre vos mains la vie des passagers ?

OSM: Je crois que l’on fait ce métier car on aime avoir cette responsabilité. C’est agréable ce sentiment de puissance, de se dire « tiens la vie de ce gars est entre mes mains ».

Sophro et stress: Et le stress des passagers, comment le gérez-vous?

OSM: La base de tout c’est la communication, mais il ne faut pas non plus trop communiquer. le personnel navigant doit toujours avoir l’air détendu, jamais inquiet. L’attitude non verbal suffit souvent à rassurer les passagers. Même s’il y a un gros problème, surtout dire que tout est sous contrôle.

Sophro et stress: Si un passager « pète les plombs » ?

OSM: C’est l’hôtesse qui gère. Cela dépend de sa personnalité. Pour les phobiques, on tente de les rassurer, de les materner. Pour les passagers « embêtant », il faut toujours aller dans leur sens  » oui, monsieur, on va s’occuper de vous, voir si on peut vous changer de siège etc… » On est confiné dans un avion. Une situation peut vite devenir explosive, dire « oui on va voir », suffit souvent à calmer la personne. Et pour les ingérables, on les attache !

 

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